Perturbateurs endocriniens

Alain Lenoir mis à jour 16-Nov-2017

Les chimistes ont inventé de nombreux produits pas toujours géniaux... “Pas d’avenir sans la chimie” dit Gérad Férey, médaille d’or du CNRS 2010. « Elle pâtit d’un discours qui l’associe à ce qui pollue, à ce qui rend malade.. » (Foucart 2010). Robert Lustig dans un documentaire sur le sucre dit "Je ne suis pas contre les gens qui gagnent de l'argent. Je suis contre ceux qui en gagnent en empoisonnant les autres. C'est ce qu'a fait l'industrie du tabac, et c'est ce que l'industrie agroalimentaire fait aujourd'hui." (Constant 2017).

La notion de perturbateur endocrinien a été inventée par Theo Colborn dans les années 90 avec la déclaration de Wingspread en 1991 sous le nom anglais de EDC = Endocrine Disruptor Chemicals pour qualifier toutes les substances qui agissent sur le système endocrine. Il faut signaler que cela a été traduit en français par Perturbateur Endocrinien, ce qui est beaucoup moins explicite que Disruptor qui signifie en latin "rompre, briser" (voir note 1). Il faut aussi signaler que ces molécules ont un effet cumulatif appelé Effet cocktail. Il y a aussi un effet qui ne dépend pas uniquement de la dose où l'on admet en toxicologie que la dose fait le poison, alors que pour les PE des doses infinitésimales peuvent être dangereuses.

Les dégâts sanitaires des perturbateurs endocriniens (bisphénol A, phtalates, etc.) ne sont pas documentés par une seule étude mais par des centaines, dont la plupart passent, hélas, parfaitement inaperçues » « Explosion des cancers hormonaux dépendants depuis trente ans et baisse générale de la fertilité humaine » (éditorial, Le Monde, samedi 22 septembre 2012). On constate une explosion des cancers du sein et de la prostate (Foucart 2014), des testicules (Benkimoun 2017). On assiste aussi à une baisse alarmante de la fertilité chez les hommes. Ce fait a été beaucoup discuté, mais une méta-analyse de 185 études portant sur près de 43 000 hommes d'Amérique du Nord, d'Europe, d'Australie et de Nouvelle-Zélande a montré une baisse de 50-60% de la fertilité entre 1973 et 2011 (moins de 40 ans et cela semble se poursuivre !) (Levine et al 2017, voir Le Monde 2017). Ce déclin semble provenir de multiples facteurs pré et péri-nataux, de la puberté puis de la vie adulte avec le tabagisme, les perturbateurs endocriniens comme les pesticides. Voir les livres d'Olivier Kah "Les perturbateurs endocriniens" et Barbara Demeneix "Coktail toxique"  et selon cette chercheuse "Il n'est plus possible de nier les effets de l'environnement sur notre cerveau" (Foucart (2017). Voir aussi le documentaire de T. de Lestrade et S. Gilman sur Arte "Demain tous crétins ?"

  Des pommes pleines de produits chimiques PE (France 5, 31 janv 2017)

Les principaux PE sont les PCB, les (PBDE (polybromodiphényléthers = retardateurs de flamme), certains pesticides, les plastifiants (bisphénol A = BPA et phtalates), les pesticides qui ont un coût faramineux par leurs effets : obésité, diabète, troubles appareil reproducteur et infertilité, effets neurologiques et neurocomportementaux comme l'érosion des capacités intellectuelles des enfants exposés in utéro à des PE (Alexandre 2016, Foucart 2016a,b). Les périodes les plus sensibles sont bien sûr la grossesse, le développement postnatal et la puberté. 100 scientifiques du monde entier, le plus souvent endocrinologues, appellent les gouvernements et les instances internationales comme l'ONU à prendre des mesures pour lutter contre ces effets dramatiques (Collectif 2016). L'union Européenne semble prisonnière des lobbys de la chimie et voudrait considérer les perturbateurs endocriniens commes des substances chimiques ordinaires (Horel 2016a,b). De nombreux appels d'alarme sont lancés, par exempe André Cicollela (Toxique planète 2013), Stéphane Foucart (La fabrique du mensonge), Fabrice Nicolino (Un empoisonnement universel), Barbara Demeneix (2016) qui rappellent la menace pour notre QI. Science & Vie de janvier 2017 fait tout un article sur la pollution qui s'attaque au cerveau, en particulier les PCB, les phtalates et les pesticides (Hancok 2017). On trouve beaucoup trop de phtalates dans la nourriture fastfood. Bonne nouvelle : l'agence européenne des produits chimiques a enfin classé le bisphénol A comme "extrêmement préoccupant" (Foucart & Horel 2017).

Quelques produits contenant des PE : oui trop nombreux !!!! (voir Bauchard 2017)

       

Selon Le Monde du 4 janvier 2017 (Herzberg and Cabut ) la perte de QI en France est confirmée, et le rôle des perturbateurs endocriniens est de plus en plus impliqué, malgré de nombreux dénis.

On observe aussi de nombreux cas de puberté précoce et d'anomalies génitales chez les enfants (cryptorchidie). Les filles sont plus touchées que les garçons. La répartition de ces troubles est "compatible avec une exposition environnementale à des perturbateurs endocriniens" (Benkimoun 2017), ce qui est dit avec une prudence colossale .. alors qu'il suffit de regarder les cartes pour voir que la fréquence se superpose avec les régions viticoles, même si bien sûr d'autres facteurs sont à prendre en compte. Un autre travail piloté par l'INSERM à Grenoble sur les garçons soumis à des perturbateurs endocriniens pendant la grossesse confirme bien les effets nocifs plus tard à 3-5 ans. Ont été étudiés divers phénols (BPA, parabènes, triclosan... ) et divers phtalates. On a des conséquences sur l'hyperactivité, des problèmes émotionnels et d'interaction (Philippat et al 2017, voir Santi 2017 et communiqué de l'INSERM).

On observe depuis quelques mois une prise de conscience salutaire envers les perturbateurs endocriniens. C'est ainsi qu'en mai 2017, les deux grandes revues de consommateurs en ont fait leur titre avec des articles bien documentés.

      

Hélas le nouveau président français Macron n'avait hélas prévu l'interdiction des pertubateurs endocriniens que "dès lors qu'il existe des solutions reconnues comme moins toxiques", ce qui ne pourra jamais être "scientifiquement" prouvé. Espéront que le nouveau ministre Nicolas Hulot sera plus exigent. Hélas la France a capitulé à Bruxelles en octobre 2017..

Extrait du programme de Macron :     voir le programme complet

 

 

Voir
- Alexandre, L. (2016). Il faut enrayer la baisse de notre QI. Le Monde Science et Médecine 31 août 2016. p. 7. Pdf
- André Cicolella (2013) Toxique planète. Le scandale invisible des maladies chroniques. Seuil. Analyse du livre
- Benkimoun, P. (2017). Pics de puberté précoce et d'anomalies génitales. Le Monde Jeudi 15 juin 2017. p. 6. Pdf
- Foucart, S. (2016b). Le coût faramineux des perturbateurs endocriniens. Le Monde 19 octobre. p. 6. Pdf
- Foucart, S. (2017). "Il n'est plus possible de nier les effets de l'environnement sur notre cerveau" Entretien avec Barbara Demeinex. Le Monde Sciences & Médecine 8 novembre 2017. p. 10. Pdf
- Herzberg, N. and S. Cabut (2017). Les plafonds de verre de l’humanité. Le Monde Science et Médecine 4 janvier 2017. p. 4-5. Extrait sur le QI
- Kah, O. (2016). Les perturbateurs endocriniens, Editions Apogée.
- Nicolino Fabrice (2014). Un empoisonnement universel. LLL Les Liens qui Libèrent. Analyse du livre


- Bauchard, F. (2017) Perturbateurs endocriniens, les poisons de notre quotidien. lesechos.fr, 9 novembre 2017, p. http://m.lesechos.fr/week-end/perturbateurs-endocriniens-les-poisons-de-notre-quotidien-030845123521.php
- Collectif (2016). Halte à la manipulation de la science ! Le Monde 30 novembre. p. 26.
- Constant, A. (2017). Le sucre, un si doux poison. Le Monde 1er août 2017. p. 16.
-
de Lestrade T. et Gilman S. (2017) Demain, tous crétins ? Documentaire Arte, 11 novembre 2017.
- Demeneix, B. (2016) Perturbateurs endocriniens: une menace pour notre QI. lejournal.cnrs.fr, 6 octobre 2016, https://lejournal.cnrs.fr/billets/perturbateurs-endocriniens-une-menace-pour-notre-qi.
- Foucart, S. (2010). "Pas d'avenir sans la chimie". Le Monde. Date ?
- Foucart Stéphane (2013). La fabrique du mensonge.
- Foucart, S. (2016a). Le cerveau des enfants altéré par les polluants. Le Monde 14-15 juillet 2016. p. 8.
- Foucart, S. and S. Horel (2017). Le bisphénol A classé comme "extrêmement préoccupant" par l'Europe. Le Monde 18-19 juin 2017. p. 10.
- Hancok, C. (2017). Pollution. Elle s'attaque au cerveau. Science & Vie, Janvier, n°1192: p. 32-38.
- Horel, S. (2016a). Perturbateurs endocriniens : la fabrique d’un mensonge. Le Monde 30 novembre. p. 8.
- Horel, S. (2016b). Un déni du consensus scientifique. Le Monde 30 novembre. p. 9.
- INSERM (2017) Exposition prénatale aux perturbateurs endocriniens et troubles du comportement des enfants. http://presse.inserm.fr, 29 septembre 2017, p. http://presse.inserm.fr/exposition-prenatale-aux-perturbateurs-endocriniens-et-troubles-du-comportement-des-enfants/29573/
- Le Monde (2017). Le déclin du sperme occidental se confirme. Le Monde 2 août 2017.
- Levine, H., N. Jørgensen, A. Martino-Andrade, J. Mendiola, D. Weksler-Derri, I. Mindlis, R. Pinotti and S. H. Swan (2017) Temporal trends in sperm count: a systematic review and meta-regression analysis. Human Reproduction Update, https://doi.org/10.1093/humupd/dmx022 (libre de droits)
- N'Sondé, V. (2017). Perturbateurs endocriniens. Nos enfants sont contaminés, il faut réagir. 60 Millions de consommateurs 526, mai 2017: p. 22-26.
- Philippat, C., D. Nakiwala, A. M. Calafat, J. Botton, M. De Agostini, B. Heude, R. Slama and EDEN Mother–Child Study Group (2017). Prenatal Exposure to Nonpersistent Endocrine Disruptors and Behavior in Boys at 3 and 5 Years. Environ Health Perspect 125(9). DOI:10.1289/EHP1314
- Santi, P. (2017). Les phtalates interfèrent sur le comportement des garçons. Le Monde Dimanche-1er-lundi-2octobre 2017. p. 6.
- Zota, A. R., C. A. Phillips and S. D. Mitro (2016). Recent fast food consumption and bisphenol A and phthalates exposures among the U.S. population in NHANES, 2003–2010. Environ Health Perspectives 124: 1521-1528.

Note 1 : Le terme de disruption devient à la mode car utilisé dans le numérique pour qualifier des ruptures radicales (Santolaria 2017, Gomez 2017).
- Gomez, P.-Y. (2017). La "disruption", le sésame d'une start-up. Le Monde Vendredi 7 juillet 2017. p. 7 : "Est "disruptive" une innovation qui rompt avec la manière de produire"
- Santolaria, N. (2017). Vous avez dit disruption ? Le Monde Samedi 13 mai 2017. p.3.