Paresse ouvrière (Epingle 1127)

L'épingle à insectes de l'OPIE de janvier 2017 nous parle des ouvrières paresseuses de Temnothorax rugatulus :


"Pourquoi, dans les grandes structures, la consommation d'énergie par tête est-elle moindre que dans les petites ? La question, restée sans réponse depuis longtemps, vient de trouver l'explication suivante : dans les grandes colonies, la proportion d'ouvrières qui ne font rien est plus grande que dans les petites. Et comme celles qui tirent au flanc ne font aucun effort, elles brûlent moins d'énergie.
On comprend aisément qu'il faut des ouvrières au repos pour faire face à toute demande brusque de main d'oeuvre, qu'il s'agisse de remplir les réserves, colmater une brèche ou déplacer les individus impotents (c'est-à-dire le couvain ; c'est une histoire de fourmis, on l'a compris). Et on voit bien que les habitantes du nid composent, en jouant sur le taux d'activité partielle, avec deux impératifs : maximiser l'apport de ressources et minimiser la dépense d'énergie.
Mais pourquoi cette différence dans le taux de tirage au flanc ? Question encore sans réponse...
Cette avancée (intermédiaire) est issue des travaux de Chen Hou (Missouri S&T, États-Unis) et de ses collaborateurs, basés sur l'emploi d'un système d'acquisition des mouvements des fourmis innovant. Le logiciel qui interprète les images vidéo est capable d'enregistrer individuellement les allées et venues des ouvrières pendant 2 heures d'affilée contre 1 ou 2 minutes dans les études précédentes.
Il en ressort que les fourmis marchent à des vitesses différentes, de 1,4 à 2 cm/seconde et , surtout que 60% des ouvrières se reposent dans un groupe de 30 contre 80% parmi 300. Dans ce dernier cas, les individus se meuvent moins vite et la consommation d'énergie moyenne par tête (mesurée par respirométrie) n'est que la moitié de cette mesurée dans le groupe de 30. Individuellement, cette dépense est chez la fourmi en marche de 5 fois celle de la fourmi statique. Un groupe qui a 20% de ses membres actifs consomme donc presque 2 fois autant que celui où tout le monde se repose.
Les auteurs de l'étude signalent que les groupes humains affrontent des problèmes analogues et que la connaissance issue du monde des insectes sociaux devrait aider à améliorer leur fonctionnement.
D'après « Ants need work-life balance, research suggests », lu le 16 janvier 2017 à https://phys.org/news/2017-01-ants-work-life.html"

Voir
- Ferral, N., K. Holloway, M. Li, Z. Yin and C. Hou (2016). Heterogeneous activity causes a nonlinear increase in the group energy use of ant workers isolated from queen and brood. Insect Science: n/a-n/a. 10.1111/1744-7917.12433