Myrmecina
Alain Lenoir Mis
à jour
08-Sep-2026
Les fourmis Myrmecina
sont terricoles dans les forêts, sous les grosses pierres, sous
la mousse ou dans la terre et sont donc difficles à trouver. J'ai eu
l'occasion de trouver des S. debile à Morillon en Haute-Savoie,
mais ensuite un peu partout en France (37 :Chinon, Amboise, Larçay; 60:
Ermenonville; 64 : Viven, Ordiap; 05: Réallon, et Corse : Boticella).
Myrmecina graminicola
de France contient dans sa glande à poison de grandes quantités
d'esters (acétates and propionates) que l'on retrouve sur la cuticule.
De telles quantités d'esters sont inhabituelles chez les fourmis. Il
est possible que ces substances soient à l'origine de leur odeur "odeur
très déliée, un peu framboisée” (Forel
1874, p. 73). Elles ont par ailleurs de grandes proportions d'alcènes
sur la cuticule, peut-être liée à leur vie entièrement
souterraine où il n'y a pas besoin de se protéger contre la dessication,
mais Stenamma debile qui a à peu près le même habitat
n'a pas tous ces alcènes.. (Lenoir
et al 2018).
Les esters de M. graminicola
: 
Les profils d'hydrocarbures
cuticulaires :

Les profils d'hydrocarbures de Myrmecina graminicola sont très
stables dans toute la France, à gauche celui de S. debile très
différent qui vit dans le même type d'habitat et qui n'a pas d'alcènes :

Génétique
Du nouveau chez Myrmecina graminicola sous la direction de Mathieu Molet et Claudie Doums (Mona et al 2025). Selon Claude Lebas "Encore une fois bon point pour la génétique et ceux qui l'utilisent. C'est bluffant cette complexité chez les fourmis." (mail du 15 mars 2026). Oui, c'est le bordel complet. Plus on avance, plus on trouve des choses compliquées.
Communiqu é de l'EPHE du 3 décembre 2025 :
Le génome complet de l’espèce a été décrypté puis analysé chez 68 reines prélevées dans la forêt de Fontainebleau. L’équipe a ainsi pu mettre en évidence un supergène – section de chromosome transmise d’un seul bloc à la descendance – déterminant le comportement de coopération et de sédentarité de ces reines. La royauté chez les fourmis est généralement exclusive : une seule reine procréé ses ouvrières qui participent en retour aux différentes tâches de la colonie, dont la recherche de nourriture. Quand le stock est suffisant, des jeunes reines et des mâles ailés vont s’accoupler en vol puis tomber au sol. Le mâle meurt tandis que la reine recherche un trou pour démarrer, seule et grâce à ses réserves, sa colonie. Or chez M. graminicola, certaines reines n'ont pas d'ailes. Elles ne peuvent donc ni voler ni fonder, seule, leur colonie faute de réserves.
Aussi, au lieu d’utiliser leur descendance, ces reines vont recourir aux ouvrières de la colonie mère pour en fonder une nouvelle.
C’est la première fois qu’a pu être identifiée la petite région du génome codant pour l’absence d’ailes.
Plus intéressant encore est que le comportement des fourmis en est aussi bouleversé. L’équipe a en effet pu observer que, dans certaines colonies, des reines co-existent et pondent des œufs alors que dans les autres colonies, une seule reine est admise. Le comportement decoopération des reines est codé génétiquement pas un supergène : il
suffit que la reine et une partie de ses ouvrières le possèdent pour que la colonie accepte de nouvelles reines (elle-même porteuse du supergène). Le supergène contient toujours le gène déterminant l'absence d'ailes, liant ainsi de façon inéluctable coopération et sédentarité. Si les modèles mathématiques prévoyaient une telle association génétique, son identification est une avancée notable."

Thibaud Monnin travaille actuellement sur Myrmecina graminicola. mail du 8 septembre 2026 :
"Niveau travail j'essaie de publier les deux derniers articles de Fátima García Ibarra (ex doctorante) sur la résistance thermique de fourmis mesurées dans quatre populations (IDF, Argelès, Doñana, Tunisie). Avec Brandon Duquenoy (doctorant co-encadré avec Mathieu et Claudie) on travaille sur les stratégies de fondation des colonies par reines ailées ou aptères chez Myrmecina graminicola (dont Claudie étudie le déterminisme par un supergène), et avec Rafael da Silva (post-doc Brésilien) on travaille sur les effets du stress sur les fondations de Lasius niger. J'ai aussi des projets en cours avec des simulation multi-agents sur le fourragement, et j'attends courant septembre le résultat pour une demande de financement ANR pour un projet avec Martin Giurfa et le Fabio Santos do Nascimento (Univ São Paolo)... "
Thanatose
M. graminicola
est une fourmi qui se roule en boule dès qu'il y a un danger et reste
immobile, elle pratique la thanatose.
Forel d'ailleurs pour cette raison la trouve "très lâche
et craintive" (Forel 1874, p. 171).
Mais sur une pente elle est aussi capable de roulades spectaculaires décrites
par Grasso et al (2020). Selon News24 du 31 décembre 2020 74 de
nos faits préférés pour 2020" (Lien)
: "Lorsque les fourmis de l’espèce Myrmecina graminicola
rencontrent un danger sur une pente, elles se glissent en boule et roulent,
les seules fourmis connues pour se déplacer de cette façon. Ces
fourmis ont une stratégie d’évasion révolutionnaire"
Myrmecina sp. d'Asie a dans son nid un acarien oribate myrmécophile qui pourrait se nourrir
de bactéries et de champignons. Les ouvrières soignent les acariens
vivants, les lèchent, les transportent dans le nid mais dès qu'ils
meurent ils sont mangés. Ce serait un bétail consommé après
sa mort (Ito et Takaku 1994).
Des photos au microscope
électronique faites à Villetaneuse par Marie-Claire Malherbes
:
- ouvrières :
- reines désailées :
Voir
- Grasso,
D. A., D. Giannetti, C. Castracani, F. A. Spotti and A. Mori (2020). Rolling
away: a novel context-dependent escape behaviour discovered in ants. Scientific
Reports 10(1): 3784. 10.1038/s41598-020-59954-9
- Ito, F. and G. Takaku (1994). Obligate Myrmecophily in an Oribatid Mite Novel
Symbiont of Ants in the Oriental Tropics. Naturwissenschaften 81: 180-182. doi:10.1007/BF01134538
- Forel,
A. (1874). Fourmis de la Suisse, H. Georg.
- Lenoir, A., A. Khalil, N. Châline and A. Hefetz (2018). New chemical
data on the ant Myrmecina graminicola (Formicidae, Myrmicinae): Unusual
abundance of alkene hydrocarbons and esters. Biochemical Systematics and Ecology
80: 39-42. https://doi.org/10.1016/j.bse.2018.06.004. Pdf
- Stefano Mona, Elise J. Gay, Antoine Taupenot, Joshua Ducancel, Romuald Laso-Jadart, Quentin Helleu, Pascaline Chifflet-Belle, Emilie Teodori, Jean-Marc Aury, Zijun Xiong, Lukas Schrader, Joel Vizueta, Mathieu Molet, Claudie Doums, Genomic evidence of a complex supergene system linking dispersal to social polymorphism,
Current Biology, Volume 35, Issue 24, 2025, 6155-6162.e5, ISSN 0960-9822, https://doi.org/10.1016/j.cub.2025.10.065, Lien.