Mon parcours avec les fourmis, de Rafael Carvalho da Silva 

Mis à jour le 09-Sep-2026 14:54

Mes recherches portent sur la manière dont les facteurs environnementaux interagissent avec les états physiologiques internes pour façonner la vie sociale des insectes. Je m’intéresse en particulier à la plasticité phénotypique et à la façon dont elle permet aux individus d’adapter leur comportement aux variations de leur environnement et de leur contexte social. À l’aide d’approches intégratives, j’étudie ces mécanismes à différentes échelles, de la régulation de l’expression des gènes jusqu’au comportement collectif, chez les abeilles, les fourmis et les guêpes. Mon travail cherche ainsi à relier les niveaux moléculaire, neural et comportemental afin de comprendre comment les sociétés d’insectes répondent aux changements de leur environnement et de leur organisation sociale.

J’ai commencé ma carrière scientifique au Brésil en travaillant sur les guêpes sociales, sous la direction du Pr Fabio Santos do Nascimento. C’est à cette époque que je suis véritablement tombé amoureux des petites guêpes du genre Mischocyttarus. Leurs nids, dépourvus d’enveloppe protectrice, offrent une occasion idéale d’observer directement des comportements particulièrement intéressants, notamment les affrontements entre femelles potentiellement reproductrices. J’ai ainsi consacré près de sept ans à l’étude de ces guêpes, tout en travaillant également sur les guêpes à fondation par essaimage et sur les Vespinae lors de séjours de recherche en Belgique.

Au cours de mon doctorat, j’ai également eu la chance d’élargir mes intérêts aux interactions hôte-parasite en travaillant sur le système Polistes fuscatus–Xenos pecki aux États-Unis, sous la direction du Pr Floria M. K. Uy. C’était presque un rêve qui devenait réalité, puisque les Strepsiptera constituent mon deuxième groupe d’insectes préféré, juste après les Hyménoptères sociaux.

À la fin de mon doctorat, j’ai obtenu une bourse postdoctorale de la Fondation Fyssen et rejoint la France pour travailler avec le Pr Martin Giurfa et la Dre Gabriela de Brito Sanchez. C’est ainsi qu’a commencé mon parcours scientifique en France. Mon projet portait sur les mécanismes qui régulent la motivation appétitive chez l’abeille domestique, avec un intérêt particulier pour les interactions entre les phéromones et les neuropeptides.

Après ce premier postdoctorat, j’ai commencé un deuxième projet avec le Dr Thibaud Monnin, dans lequel nous étudions actuellement les effets du stress thermique chez les fourmis à différentes échelles biologiques. Cette trajectoire a progressivement façonné mon principal intérêt scientifique : comprendre comment les informations provenant de l’environnement sont perçues et traduites en changements physiologiques et comportementaux, et comment ces changements se répercutent finalement sur le fonctionnement des sociétés.

Je suis particulièrement fasciné par la possibilité de suivre ces processus à travers différentes échelles, de l’expression des gènes et des mécanismes neuronaux jusqu’au comportement individuel et à l’organisation collective. Je me sens très chanceux d’avoir pu construire ma carrière autour de quelque chose qui me passionne réellement : travailler avec les insectes sociaux. Je reste constamment curieux de la diversité de leur vie et, surtout, de la manière dont les informations provenant de l’environnement interagissent avec leur état physiologique interne pour influencer leur comportement et, à terme, leurs sociétés.

À long terme, mon objectif est de poursuivre ma carrière scientifique en France et de continuer à développer une recherche intégrative autour de ces questions, tout en conservant ce qui a toujours été au cœur de mon parcours : ma fascination pour les insectes sociaux.