Fourmis et araignées

Alain Lenoir mis à jour 27-Oct-2017                voir la page entière

Les araignées sont de bonnes prédatrices de fourmis. Certaines d'entre elles sont exclusivement myrmécophages, par exemple les Zodarion sont des araignées qui se nourrissent exclusivement de fourmis. Zodarion jozefienae se nourrit exclusivement de Messor barbarus, Zodarion cesari de Linepithema humile. Elle vivent en zone méditéranéenne où elle capturent des Messor. Z. elegans en Croatie mange les Messor wasmanni. Cela fournit du carbone, de l'azote (surtout chez les myrmicines) et des lipides (surtout chez les formicines) (Pekar et Mayntz 2014). Les fourmis se défendent en attaquant le prédateur et en stoppant temporairement tout foraging après avoir fermé l'entrée du nid. Cela peut durer jusqu'à 6 jours (Traxler 2016). Z. cyrenaicum en Israël est toute petite (3mm) et s'attaque à des Messor arenarius qui peuvent mesurer 17 mm. L'auteur, Stano Pekar parle de David contre Goliath. L'araignée monte sur le dos de sa proie pour lui injecter son venin. , essentiellement Formica, Lasius et Messor. Cela fournit du carbone, de l'azote (surtout chez les myrmicines) et des lipides (surtout chez les formicines) (Pekar et Mayntz 2014).

On estime que les araignées sont les principaux prédateurs d'insectes dans le monde, cela pourrait être 400-800 millions de tonnes par an (poids frais) dont plus de 90% d'insectes ! Soit 1/1000 de la production biotique primaire. En forêt tropicale on a 17.3 g /m2/an, 0,6 dans les déserts, dans nos régions cela tombe à 3.6 mais en zone de monoculture à 0.25 car les araignées n'ont pas le temps de se réinstaller (Nyffeler et Birkhofer 2017). Je crois surtout qu'en monoculture il n'y a plus d'insectes ! La biomasse des araignées est estimée à 25 millions de tonnes (contre 280 millions pour les fourmis ! Hölldobler et Wilson 1994, c'est vieux ...).

Les thomises ou araignées-crabes sont redoutables car elles peuvent changer de couleur selon leur substrat et passer inaperçues. Elles capturent des papillons (cf photo), des abeilles et sans doute des fourmis.             

Une araignée prédatrice d'Aphaenogaster senilis à Donana :

Les araignées sauteuses du genre Myrmarachne (Salticide) ont des chélicères qui imitent les antennes de fourmis. Myrmarachne formicaria imite la démarche des fourmis. L'araignée se déplace sur ses 8 pattes mais s'arrête à plusieurs reprises pour soulever ses deux pattes avant, imitant ainsi les antennes des fourmis. Les prédateurs potentiels ne remarqueraient pas ces arrêts mais constateraient seulement la présence des "antennes" et confondraient ces araignées avec des fourmis. Elles tracent aussi des trajectoires sinueuses, ce qui les feraient ressembler à des fourmis qui suivraient des pistes de phéromones (Gevers 2017, Shamble et al 2017).

Myrmarachne formicaria :

Un vieux texte de Coupin en 1904 sur les ennemis des fourmis comme les Zodarions. Pdf
Et dans Maudit karma de David Safier (2008) : "Au moment de sortir Krttx [la fourmi chef] nous rappela les dangers qui nous guettaient dehors : il faut faire attention aux araignées." (p. 68)

Voir
- Coupin, H. (2015). Les ennemis des foumis. Par Henri Coupin. Dans La Nature, n°1634, septembre 1904. Insectes 178: 35-37. Pdf
- Gevers, L. (2017) Marcher comme des fourmis permettrait aux araignées d'échapper aux prédateurs. sciencesetavenir.fr, 18 juillet 2017. https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/insectes/le-mimetisme-chez-les-araignees-comme-strategie-de-survie_114827 Pdf
- Pekar, S. (2014). Une araignée David l'emporte contre une fourmi Goliath. Le Monde Science et Médecine 18 juin. Pdf
- Saint-Auguste, A. (2017). Les araignées sont plus voraces que l'homme. Sciences et Avenir 842, avril 2017: p. 26. Pdf

- Hölldobler B, Wilson EO (1994) Journey to the ants: a story of scientific exploration. Harvard University Press, Cambridge
- Nyffeler, M. and K. Birkhofer (2017). An estimated 400–800 million tons of prey are annually killed by the global spider community. The Science of Nature 104(3): 30. 10.1007/s00114-017-1440-1. Libre de droits
- Pekár, S. and D. Mayntz (2014). Comparative analysis of the macronutrient content of Central European ants (Formicidae): Implications for ant-eating predators. Journal of Insect Physiology 62: 32-38. http://dx.doi.org/10.1016/j.jinsphys.2014.01.008
- Pekár, S., O. Šedo, E. Líznarová, S. Korenko and Z. Zdráhal (2014). David and Goliath: potent venom of an ant-eating spider (Araneae) enables capture of a giant prey. Naturwissenschaften 101(7): 533-540. 10.1007/s00114-014-1189-8
- Shamble, P. S., R. R. Hoy, I. Cohen and T. Beatus (2017). Walking like an ant: a quantitative and experimental approach to understanding locomotor mimicry in the jumping spider Myrmarachne formicaria. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences 284(1858). 10.1098/rspb.2017.0308
- Traxler, T. (2016). The impact of predation by the myrmecophagous spider
Zodarion elegans (Araneae: Zodariidae) on the activity pattern of the Mediterranean harvester ant Messor wasmanni (Hymenoptera: Formicidae). Ecologica Montenegrina 8 September 2016: 17 p.