Fourmis esclavagistes

Alain Lenoir mis à jour 31-Jan-2021

Fourmis utilisant une autre espèce pour fonder leur colonie : lorsqu'une reine tente d'établir une colonie, elle essaie d'abord de trouver une colonie de l'espèce hôte. Elle pénètre alors dans l'autre colonie de fourmis et tue sa reine. La colonie est alors conquise, les fourmis soumises deviennent les esclaves de la conquérante et les nouvelles ouvrières s'occupent de ses œufs. Au fur et à mesure que la colonie grandit, les ouvrières esclavagistes commencent à explorer les alentours pour repérer d'autres colonies cibles et faire des raids dans cette autre colonie où elles collectent des cocons ou des nymphes.

   

Voir des revues sur l'esclavagisme : D'Ettorre &. Heinze (2001), ou plus générales sur le parasitisme Lenoir et al (2001)

Exemples de fourmis esclavagistes
- Fourmis sanguines Formica sanguinea, parasitisme facultatif
Parasites obligatoires
- Polyergus
- Rossomyrmex
d'Espagne
- Harpagoxenus
- Temnothorax pilagens
fourmi "ninja pillarde"

Evolution de l'esclavagisme. Une nouvelle phylogénie des Formica avec une étude des F. sanguinea esclavagistes.
Les auteurs ont étudié 4 sous-genres de Formica paléarctiques (Formica str. s., Coptoformica, Raptiformica and Serviformica) avec 945 gènes pour 16 espèces et 3 types d'analyses phylogénétiques. Ils confirment que la vie libre est ancestrale comme le pensait Darwin (1959) et que la fondation avec du parasitisme temporaire chez les Formica str. s. et les Coptoformica serait apparue une seule fois comme une étape intermédiaire entre la fondation indépendante et l'esclavagisme des Raptiformica (Romiguier et al 2018).

De Rienzi a longuement décrit dans son livre de science-fiction "Les Formiciens" (1932) les fourmis roussâtres ("faiseurs d'esclaves" - des esclavagistes avec les mandibules acérées, pdf) qui les font travailler leurs esclaves pour élever leur couvain et effectuer toutes les tâches de la colonie.

Les esclavagistes selon Fred et Jami (C'est pas sorcier - Les fourmis)

Esclavagisme chez le rat-taupe nu
" Les rats-taupes nus (Heterocephalus glaber) évoluent en colonies souterraines composées parfois de centaines d’ouvriers. Ce sont les plus grandes colonies connues de mammifères. Quasiment aveugles, la plupart des spécimens sont également stériles, tout comme dans les colonies de fourmis ou d’abeilles. Seule une “reine”, parvenue à assoir sa domination, parvient ainsi à se reproduire, capable de donner naissance à une trentaine de petits par portée. une équipe de biologistes évolutionnistes dirigée par Stan Braude, de l’Université de Washington, a suivi il y a quelques années plusieurs spécimens au Kenya dans le but d’étudier leurs comportements souterrains. Ils ont alors découvert que plus d’une vingtaine de colonies avaient élargi leurs terriers aux colonies voisines. Et, surprise, ils ont également remarqué que treize individus de ces colonies envahies avaient disparu. Quelques mois plus tard, les chercheurs ont finalement retrouvé deux de ces spécimens dans l’une des colonies envahissantes (une observation confirmée par analyse des tissus). Ces deux sujets, très jeunes, avaient été recrutés comme “travailleurs non reproducteurs”, d’après l’équipe dans son article. Un tel comportement d’enlèvement avait déjà été observé chez ces animaux en laboratoire, mais jamais dans la nature." (Louvet 2020).

La guerre et le rapt des esclaves selon Griset (Chez les fourmis, 1901) :

  

       

Voir
- D'Ettorre, P. and J. Heinze (2001). Sociobiology of slave-making ants. Acta Ethologica 3: 67-82.
- Lenoir, A., P. D'Ettorre, C. Errard and A. Hefetz (2001). Chemical ecology and social parasitism in ants. Annual Review of Entomology 46: 573-599. Pdf
-
Louvet B. (2020). Les rats-taupes nus kidnappent les bébés des autres pour les transformer en “esclaves”. sciencepost.fr, 29 octobre 2020.
- Romiguier, J., J. Rolland, C. Morandin and L. Keller (2018). Phylogenomics of palearctic
Formica species suggests a single origin of temporary parasitism and gives insights to the evolutionary pathway toward slave-making behaviour. Bmc Evolutionary Biology 18(1): 40. 10.1186/s12862-018-1159-4. Open access