Fourmis zombies 

Mis à jour le 05-Jan-2017

                      


Sur les photos, en 2 une fourmi ponérine du Cameroun morte sur une brindille avec son champignon, à droite en 5 photo de de Bekker. Sur internet vous trouverez de nombreuses images.


Science et Vie Junior de mai 2016 présente un article sur les fourmis parasitées par un champignon qui prend le contôle du système nerveux de son hôte pour qu'il monte sur une branche ou une tige où il va mourir. Le champignon peut alors disperser ses spores en hauteur. Le n° de mai donne l'exemple des fourmis Camponotus parasitées par des Ophiocordyceps en Caroline du Sud. La Camponotus se laisse tomber de la canopée et reste accrochée sur une feuille par ses mandibules où elle va mourir (comportement déjà décrit par Wallace dans les années 1850). On a montré par génomique que le champignon secrète des protéines et autres métaolites qui vont provoquer une destruction des muscles des mandibules qui restent bloquées fermées. La sphingosine, élément de fonctionnement neuronal est l’une d’entre elles. L’acide guanidinobutyrique s’y trouve aussi (connu pour être responsable d’empoisonnements par des champignons en Chine). Divers gènes, en particulier d'alcaloïdes, sont aussi surexprimés. Le champignon peut aussi infecter et tuer d'autres fourmis mais ne sait pas manipuler leur comportement (Anonyme 2011; Charissa de Bekker et al. 2014, 2015, au laboratoire de David Hughes, Hugues et al 2014, Pennisi 2014).

En fait, il existe plusieurs cas de parasites qui manipulent le comportement de leur hôte. On parle de phénotype étendu ("Extended phenotype"). Science et Vie Junior (Peyrières 2016) cite aussi le ver plat Schistocephalus en Alaska avec ses trois hôtes (canard plongeur, copépodes et épinoche), une guêpe parasite Dinocampus coccinellidae qui parasite une coccinelle et le toxoplasme. Le toxoplasme qui parasite 40% des humains trentenaires. Dans la plupart des cas, aucun symptôme n'est visible, mais il se loge dans l'amygdale et augmente le taux de dopamine, ce qui semble avoir des conséquences comportementales dans les conduites à risque et peut-être certaines maladies mentales. Les singes malades n'ont plus peur de l'odeur du léopard et la recherchent même (Barnéoud 2016).

Ces champignons parasites ont inspiré un auteur anglais de films d'horreur "Le Sanctuaire" où l’épouvante s’inspire également d’un phénomène naturel particulièrement glaçant : le cycle parasite du cordyceps, un champignon dont les spores prennent possession du corps de leurs hôtes (fourmis et autres insectes), avec cette idée réjouissante de faire subir la même chose aux humains.

Autre exemple de manipualtion : les guêpes émeraude Ampulex compressa, petites guêpes tropicales solitaires manipulent le système nerveux de leurs proies, des blattes, de façon à ce que ces dernières servent de garde-manger vivant à leur progéniture fraîchement éclose en les transformant en zombies. Pour cela elle injecte son venin neurotoxique dans deux régions de ses ganglions cérébraux. Ils ont étudié les neurotransmetteurs impliqués (Wilcox 2017, Kaiser and Libersat 2015). C'est la matière de certains films d'horreur, ces espèces de guêpes ont inspiré les terrifiants chestbursters (les « éclateurs de poitrine ») du film Alien qui se développent dans un humain comme un bébé dans le ventre de sa mère.


Voir
- Anonyme (2011). Des fourmis contrôlées par un champignon. Le Monde 28 mai. p. 19.- APA (2014) Zombie ant fungi 'know' brains of their hosts. p. http://phys.org/news/2014-08-zombie-ant-fungi-brains-hosts.html.
Pdf
- Barnéoud, L. (2016). Toxoplasma gondii. Le parasite qui pousse à faire des trucs de dingue. Science et Vie 1184, mai 2016: p. 70-74.
- de Bekker, C., L. E. Quevillon, P. B. Smith, K. R. Fleming, D. Ghosh, A. D. Patterson and D. P. Hughes (2014). Species-specific ant brain manipulation by a specialized fungal parasite. Bmc Evolutionary Biology 14(1): 1-12. Doi 10.1186/s12862-014-0166-3 (Libre accès).
- de Bekker, C., R. A. Ohm, R. G. Loreto, A. Sebastian, I. Albert, M. Merrow, A. Brachmann and D. P. Hughes (2015). Gene expression during zombie ant biting behavior reflects the complexity underlying fungal parasitic behavioral manipulation. BMC Genomics 16(1): 1-23. Doi 10.1186/s12864-015-1812-x (libre accès).
- Edwards, L. (2011) New parasitic fungi found that turn ants into zombies. PhysOrg.com, March 4, p. http://phys.org/news/2011-03-parasitic-fungi-ants-zombies.html.
Pdf
- Hughes, D., S. Andersen, N. Hywel-Jones, W. Himaman, J. Billen and J. Boomsma (2011). Behavioral mechanisms and morphological symptoms of zombie ants dying from fungal infection. BMC Ecology 11(1): 13.
- Kaiser, M. and F. Libersat (2015). The role of the cerebral ganglia in the venom-induced behavioral manipulation of cockroaches stung by the parasitoid jewel wasp. The Journal of Experimental Biology 218(7): 1022-1027. 10.1242/jeb.116491
- Macheret, M. (2016). « Le Sanctuaire » : un film d’horreur entre folklore irlandais et écologie. Le Monde 29 mars 2016.
Pdf
- Pennisi, E. (2014). Parasitic Puppeteers Begin to Yield Their Secrets. Science 343(6168): 239. 10.1126/science.343.6168.239
- Peyrières, C. (2016). Les animaux zombies. voir Le maléfice du champignon thaï. Science et Vie Junior 320, mai 2016: p. 28-37.
Pdf
- Wilcox, C. (2017). La guêpe émeraude et sa blatte-zombie Pour la Science 741, janvier 741: p. 48-53. http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-la-guepe-emeraude-et-sa-blatte-zombie-37963.php