Néonicotinoïdes (néonics)

Mis à jour le 04-Aoû-2017

Les néonicotinoïdes (Imidaclopride, le premier découvert en 1985 = gaucho, thiaclopride, thiaméthoxane = cruiser et son métabolite la clothianidine = poncho, acétamipride..) ont été introduits comme insecticides dans les années 90 et leur utilisation a explosé dans les années 2000. Ils agissent sur le système nerveux central des insectes en bloquant les récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine (nAChRs), y compris chez les mammifères. Ils représentent en 2016 plus de 40% du marché mondial des insecticides agricoles, surtout sur les graines, mais seulement 5% est intégré dans les plantes. Ils sont hélas peu biodégradables, donc rémanents et persistent dans tous les environnements, les aliments. Les apiculteurs ont constaté très vite que les insecticides néonicotinoïdes ont des effets sur la mortalité des abeilles, et le syndrome d'effondrement des colonies (CCD). Evidemment ceci était contesté par les firmes agrochimiques. Cette fois, enfin, on a un énorme travail de suivi des populations de 62 espèces d'abeilles sauvages (par exemple halictes, osmies) de 1994 à 2011 en Grande-Bretagne. Plus aucun doute : les populations de ces abeilles déclinent depuis l'utilisation des néonicotinoïdes sur le colza (Woodcock et al 2016). Voir l'article de Martine Valo (Le Monde 18 août 2016). Curieusement cet article important n'a pas été repris dans les autres journaux (vacances ?). Le journal du CNRS fait aussi le point sur cette question et sur le rôle des néonicotinoïdes (Calloce 2016, voir citation plus bas). Wood et Goulson ont fait le bilan des travaux sur les risques des néonocotinoïdes depuis 2013. Tout confirme les effets sur les abeilles et les bourdons mais aussi sur de nombreux autres invertébrés comme les osmies ou les andrènes et les vertébrés comme des oiseaux (Wood et Goulson 2017).

En plus, ces molécules emblent avoir des effets néfastes sur le développement du cerveau humain selon Stéphane Foucart qui cite un article de revue, pourtant prudent, de Melissa Perry qui appelles les néonicotinoïdes "néonics" (Foucart 2017, Cimino et al 2017).

(dessin de Médiapart, 1er septembre 2016)

Qu'en est-il des fourmis ? On a peu de données mais il suffit de se promener dans un champ de maïs, de colza ou de tournesol pour constater qu'il n'y a plus aucune fourmi.
- Les fourmis champignonnistes sont souvent traitées avec de l'imidaclopride. Chez Acromyrmex subterraneus les doses les plus faibles induisent une augmentation de toilettage (Galvanho et al 2013). Chez Atta sexdens la mortalité apparait à 10ng / fourmi (Santos et al. 2007).
- En Nouvelle-Zélande, la fourmi d'Argentine fait disparaître les Monomorium antarcticum locales. L'imidaclopride abaisse l'agressivité des Monomorium et au contraire augmente celle des Argentines, ce qui augmente leur chance de se répandre (Barbieri et al 2013, voir Bossy 2013).
- Il y a bien sûr des travaux sur la fourmi de feu à des doses subléthales d'imidaclopride mais sans grand intérêt, cela diminue la fécondité des reines (Wang et al 2015a,b).

Voir
- Bossy, D. (2013) Les néonicotinoïdes poussent les fourmis à se battre jusqu'à la mort. Futura Science, 25 octobre 2013, p. http://www.futura-sciences.com/planete/actualites/developpement-durable-neonicotinoides-poussent-fourmis-battre-jusqua-mort-49809/ Pdf
- Cailloce, L. (2016) Pourquoi les abeilles disparaissent. CNRS Le Journal, 28 sept 2016, https://lejournal.cnrs.fr/articles/pourquoi-les-abeilles-disparaissent. Pdf
- Foucart, S. (2017). Tueurs d'abeilles et d'humains ? Le Monde Mardi 7 février 2017. Pdf
- Valo, M. (2016). Les insecticides néonicotinoïdes triplent la mortalité des abeilles. Le Monde 18 août 2016. p. 6. Pdf

- Barbieri, R. F., P. J. Lester, A. S. Miller and K. G. Ryan (2013). A neurotoxic pesticide changes the outcome of aggressive interactions between native and invasive ants. Proc R Soc B 280: 20132157.
- Cimino, A. M., A. L. Boyles, K. A. thayer and M. J. Perry (2017). Effects of Neonicotinoid Pesticide Exposure on Human Health: A Systematic Review. Environ Health Perspect in press. DOI:10.1289/EHP515. Article en libre accès
- Galvanho, J. P., M. P. Carrera, D. D. O. Moreira, M. Erthal, C. P. Silva and R. I. Samuels (2013). Imidacloprid Inhibits Behavioral Defences of the Leaf-Cutting Ant Acromyrmex subterraneus subterraneus (Hymenoptera:Formicidae). Journal of Insect Behavior 26(1): 1-13. 10.1007/s10905-012-9328-6
- Santos, A. V., B. L. de Oliveira and R. I. Samuels (2007). Selection of entomopathogenic fungi for use in combination with sub-lethal doses of imidacloprid: perspectives for the control of the leaf-cutting ant Atta sexdens rubropilosa Forel (Hymenoptera: Formicidae). Mycopathologia 163(4): 233-240. 10.1007/s11046-007-9009-8
- Wood, T. J. and D. Goulson (2017). The environmental risks of neonicotinoid pesticides: a review of the evidence post 2013. Environmental Science and Pollution Research 24(21): 17285-17325. 10.1007/s11356-017-9240-x. Article en libre accès
- Wang, L., L. Zeng and J. Chen (2015a). Sublethal Effect of Imidacloprid on Solenopsis invicta (Hymenoptera: Formicidae) Feeding, Digging, and Foraging Behavior Environmental Entomology 44: 1544–1552.
- Wang, L., L. Zeng and J. Chen (2015). Impact of imidacloprid on new queens of imported fire ants, Solenopsis invicta (Hymenoptera: Formicidae). 5: 17938. 10.1038/srep17938
https://www.nature.com/articles/srep17938#supplementary-information. Article en libre accès
- Wood, T. J. and D. Goulson (2017). The environmental risks of neonicotinoid pesticides: a review of the evidence post 2013. Environmental Science and Pollution Research 24(21): 17285-17325. 10.1007/s11356-017-9240-x. Article en libre accès
- Woodcock, B. A., N. J. B. Isaac, J. M. Bullock, D. B. Roy, D. G. Garthwaite, A. Crowe and R. F. Pywell (2016). Impacts of neonicotinoid use on long-term population changes in wild bees in England. Nature Communications 7: 12459. 10.1038/ncomms12459. Article en libre accès : http://www.nature.com/ncomms/2016/160816/ncomms12459/full/ncomms12459.html
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Le journal du CNRS : "Dès les années 1990, les soupçons des apiculteurs se portent sur une nouvelle classe d’insecticides utilisés dans les cultures, les néonicotinoïdes. Ces molécules mises au point dans les années 1980 sont de puissants neurotoxiques qui agissent directement sur le système nerveux central des insectes ravageurs de cultures. « À la différence des précédentes générations de pesticides, les néonicotinoïdes ne sont pas uniquement pulvérisés sur les plantes, mais peuvent enrober directement les semences, explique Axel Decourtye, écotoxicologue et directeur scientifique de l’Institut de l’abeille. Ce sont des insecticides systémiques, qui se retrouvent dans tous les tissus de la plante, jusque dans le pollen et le nectar des fleurs. Les effets sur les abeilles ne tardent pas à être mis en évidence par les chercheurs : à haute dose, les néonicotinoïdes provoquent la mort des abeilles ; à plus faible dose, ils affectent les capacités cognitives des butineuses qui ne retrouvent plus le chemin de la ruche. »"