Fourmi de feu Solenopsis invicta

Alain Lenoir mis à jour 23-Jul-2017

La fourmi de feu est une véritable plaie aux USA où elle infeste plus de 140 millions d’hectares. Cela coûte 6,5 milliards de dollars par an. Elle envahit maintenant l’Australie, Taïwan, la Chine, le Mexique et les Caraïbes. On la signale en 2017 au Japon en provenance de Chine. Dans les zones infestées, 5% des personnes développent une hyper-sensibilité au venin.

La répartition de la fourmi de feu (Bertelsmeier et al 2017)

Elle est connue pour former des radeaux en cas d’inondation et des tours.

En fait il y a plusieurs espèces comme S. richteri (Black Imported Fire Ant – BIFA) longtemps considérée comme sous-espèce de S. invicta. On la trouve au sud des USA, et serait originaire d’Amérique Sud.
S. saevissima du Brésil est monocalique, mais en Guyane elle forme des supercolonies (Martins et al. 2012; Dejean et al. 2015; Lenoir et al. 2016).
S. geminata (Fourmi de feu tropicale) est dans tout le pacifique sud, a sans doute été transportée depuis le Mexique par les galions espagnols.

Dans les années 1950 aux USA avec l'apparition de nouveaux insecticides, une grande campagne d'éradication de la fourmi de feu a été lancée sur 56 millions d’hectares. Cela a été un échec cuisant. Voir la critique de Rachel Carson dans son livre "Le printemps silencieux" (Carson 1968). E. O. Wilson, le célèbre myrmécologue américain, a d’ailleurs qualifié cette guerre perdue de « Vietnam entomologique » (Keller et Gordon 2006 p. 188). Des essais de lutte biologique sont menés depuis des années contre Solenopsis invicta par des champignons, des parasitoïdes (Eucharitidae, mouches phorides) qui n’ont pas suivi lors de la migration. On peut infecter les fourmis avec le champignon pathogène Metarhizium anisopliae, mais elles boivent plus de quinine (self medication), reçoivent plus de trophallaxies (Qiu et al. 2016). C’est de l’immunité sociale, donc la lutte est difficile. Pseudacteon tricuspis et P. curvatus sont des mouches phorides parasitoïdes d'Amérique du Sud qui pourraient limiter la prolifération des fourmis de feu, mais leur effet est minime (Valles et al. 2010; Porter and Calcaterra 2013). Pierre Jolivet écrivait déjà en 1986 que la lutte avec les parasitoïdes « semble sans espoir » (Jolivet 1986, p. 187).

Elle est arrivée en Australie en 2001 par le port de Brisbane et tend à envahir tout le continent. Des associations voudraient qu'on multiplie les lieux où l'on va tenter de l'éradiquer (Woessner 2016, L'Express 2016). Cela pourrait coûter des centaines de millions de dollars, mais je suis certain que cela ne fera que retarder l'invasion, enrichir les marchands de pesticides et polluer encore plus le pays !!!

Hoffmann a fait le bilan de 316 campagnes d’éradication pour 11 espèces d’invasives, hélas avec des insecticides puissants comme le fipronil (qui pose des problèmes pour les abeilles !), l’hydraméthylnone (pour cafards et fourmis), des régulateurs de croissance (pyriproxyfène et méthoprène). Il note 144 succès surtout en Australie mais uniquement sur très petites surfaces (Hoffmann et al. 2016).

Il faut sans doute s'inspirer de ce que dit le philosophe Baptiste Morizot "On a longtemps cru qu'il fallait exploiter plus efficacement la nature pour améliorer nos conditions de vie humaine; on commence à comprendre, que pour atteindre cet objectif, il faut apprendre à mieux cohabiter avec les autres créatures de la terre." (Vincent 2016).

Voir
- Lenoir, A., S. Devers, A. Touchard and A. Dejean (2016). The Guianese population of the fire ant Solenopsis saevissima is unicolonial. Insect Science, 23, 739-745. Doi: 10.1111/1744-7917.12232. Pdf

Autres
- Bertelsmeier, C., S. Ollier, A. Liebhold and L. Keller (2017). Recent human history governs global ant invasion dynamics. 1: 0184. 10.1038/s41559-017-0184
http://dharmasastra.live.cf.private.springer.com/articles/s41559-017-0184#supplementary-information

- Carson, R. (1968). Le printemps silencieux (Silent Spring, 1962), Livre de Poche.
- Dejean, A., R. Céréghino, M. Leponce, V. Rossi, O. Roux, A. Compin, J. H. C. Delabie and B. Corbara (2015). The fire ant Solenopsis saevissima and habitat disturbance alter ant communities. Biological Conservation 187(0): 145-153. http://dx.doi.org/10.1016/j.biocon.2015.04.012
- Hoffmann, B. D., G. M. Luque, C. Bellard, E. Holmes and C. J. Donlan (2016). Improving invasive ant eradication as a conservation tool: A review. Biological Conservation 198: 37-49.

- Keller, L. and E. Gordon (2006). La vie des fourmis, Odile Jacob. 304 p.
- L'express.fr (2016) Alerte en Australie: des fourmis de feu pourraient coûter des milliards au pays. 9 décembre 2016
- Martins, C., R. F. Souza and O. C. Bueno (2012). Presence and distribution of the endosymbiont Wolbachia among Solenopsis spp. (Hymenoptera: Formicidae) from Brazil and its evolutionary history. Journal of Invertebrate Pathology(0). 10.1016/j.jip.2012.01.001
- Porter, S. D. and L. A. Calcaterra (2013). Dispersal and competitive impacts of a third fire ant decapitating fly (Pseudacteon obtusus) established in North Central Florida. Biological Control 64: 66-74. 10.1016/j.biocontrol.2012.09.018
- Qiu, H.-L., L.-H. Lu, M. P. Zalucki and Y.-R. He (2016). Metarhizium anisopliae infection alters feeding and trophallactic behavior in the ant Solenopsis invicta. Journal of Invertebrate Pathology 138: 24-29. http://dx.doi.org/10.1016/j.jip.2016.05.005
- Valles, S. M., D. H. Oi and S. D. Porter (2010). Seasonal variation and the co-occurrence of four pathogens and a group of parasites among monogyne and polygyne fire ant colonies. Biological Control 54: 342-348.
- Vincent, C. (2016). Peace et Louves. Pour le philosophe Baptiste Morizot, l'homme doir créer des relations "diplomatiques" avec le loup plutôt que de le tuer. Le Monde Idées 25 juin 2016. p. 2.
- Woessner, G. (2016). Les fourmis, menace pour l'Australie. www.europe1.fr/emissions/derriere-le-buzz. 9 décembre (podcast aussi).