Personnalité des fourmis

Alain Lenoir mis à jour 08-Nov-2017

En étudiant la division du travail chez les fourmis on a  découvert qu'il existait une grande variabilité dans la colonie, appelée idiosyncrasie. Cette idée revient dans l’actualité sous la notion de personnalité : individus qui présentent un comportement singulier régulier (Animal personality: individuals within a population exhibit consistency in a single behavior). On trouve cela chez les vertébrés bien sûr chez les mammifères mais aussi chez les oiseaux (Spée 2013). On parle aussi de « syndrome comportemental », impossible à traduire (Behavioural syndrome: Individuals within a population exhibit consistency/correlation in two or more functionally different behaviours). Voir les revues de Jandt et al 2013, Jeanson R. and A. Weidenmüller (2013). La personnalité animale devient à la mode chez les invertébrés puisqu’on la décrit chez les fourmilions (Alcalay et al. 2014), le bernard l’hermitte (Courtene-Jones and Briffa 2014), l’anémone de mer Actinia equina (Foster and Briffa 2014), le gerris (water striders) (Wey et al. 2015). Chez les araignées sociales Stegodyphus dumicola on reconnait des téméraires et des timides, la composition du groupe est importante dans la mise en place des stratégies de foraging (Keiser and Pruitt 2014) ou de défense contre des fourmis prédatrices comme les Anoplolepis custodiens (Wright et al 2016). Chez les cloportes on trouve des « calmes » et d’autres « excités » (Broly and Deneubourg 2015; Morin 2015). Les colonies de Camponotus aethiops comportent des individus qui sont des explorateurs rapides ou lents (d'Ettorre et al 2017).
On commence à chercher les bases de ces différences chez les abeilles où des gènes s'expriment différemment chez les audacieuses (Le Monde 2012).

Dans les colonies d’insectes sociaux il existe des élites « keystone individuals » (Modlmeier et al 2014). On les trouve par exemple lors du déménagement chez Temnothorax avec des tandem leaders (Sasaki et al. 2015).

Peter Wohlleben, forestier en Allemagne, dans son livre "La vie secrète des arbres" n'hésite pas à comparer la forêt à un superorganisme et même "une forêt héberge aussi des individualistes réfractaires à toute idée de collaboration." (p.23).

Personnalité de la colonie
L’idiosyncrasie apparait aussi au niveau des colonies qui peuvent avoir une personnalité, par exemple chez les araignées sociales (Modlmeier et al. 2014). Chez Temnothorax longispinosus parasitée par Protomognathus americanus, la présence ou non du parasite modifie la personnalité des individus et donc de la colonie (Keiser et al. 2015). Récemment Blight a trouvé que les colonies d’Aphaenogaster senilis ont des caractéristiques particulières, certaines sont plus audacieuses (Asher 2015; Blight et al. 2015). Rémy Chauvin dan son livre "Dieu des fourmis, Dieu des étoiles" écrivait déjà que "la fourmilière ou la ruche est une individualité" (Pdf).

Voir
- Le Monde (2012). La personnalité des abeilles exploratrcies trahie par l'ADN. Le Monde Science et Technologie 10 mars 2012. Pdf
- Spée, M. (2013). Les animaux aussi n'en font qu'à leur tête. Le Monde Science & Médecine. 5 juin 2013. Pdf


- Broly, P. and J.-L. Deneubourg (2015). Behavioural Contagion Explains Group Cohesion in a Social Crustacean. PLoS Comput Biol. 11: e1004290. 10.1371/journal.pcbi.1004290
- Chauvin, R. (1988). Dieu des fourmis. Dieu des étoiles, Le Pré aux Clercs, 250 p.
- d’Ettorre, P., C. Carere, L. Demora, P. Le Quinquis, L. Signorotti and D. Bovet (2017). Individual differences in exploratory activity relate to cognitive judgement bias in carpenter ants. Behavioural Processes 134: 63-69. http://dx.doi.org/10.1016/j.beproc.2016.09.008
- Foster, N. L. and M. Briffa (2014). Familial strife on the seashore: Aggression increases with relatedness in the sea anemone Actinia equina. Behavioural Processes. 103: 243-245. http://dx.doi.org/10.1016/j.beproc.2014.01.009
- Keiser, C. N. and J. N. Pruitt (2014). Personality composition is more important than group size in determining collective foraging behaviour in the wildp.
- Modlmeier, A., N. Forrester and J. Pruitt (2014). Habitat structure helps guide the emergence of colony-level personality in social spiders. Behavioral Ecology and Sociobiology. 68: 1965-1972. 10.1007/s00265-014-1802-z
- Morin, H. (2015). Le calme contagieux du cloporte. Le Monde Science & Médecine. 17 juin, p.7.
- Sasaki, T., B. Colling, A. Sonnenschein, M. Boggess and S. Pratt (2015). Flexibility of collective decision making during house hunting in Temnothorax ants. Behavioral Ecology and Sociobiology. 69: 707-714. 10.1007/s00265-015-1882-4
- Wey, T., A. Chang, S. Fogarty and A. Sih (2015). Personalities and presence of hyperaggressive males influence male mating exclusivity and effective mating in stream water striders. Behavioral Ecology and Sociobiology. 69: 27-37. 10.1007/s00265-014-1814-8
- Wright, C. M., C. N. Keiser and J. N. Pruitt (2016). Colony personality composition alters colony-level plasticity and magnitude of defensive behaviour in a social spider. Animal Behaviour 115: 175-183. http://dx.doi.org/10.1016/j.anbehav.2016.03.002