Plastiques

Alain Lenoir mis à jour 20-Sep-2017

Nous vivons dans un monde de plastique. "En cinquante ans, le plastique a révolutionné la vie quotidienne. Indispensable, il est partout. Indestructible, il se retrouve jusqu'au milieu des océans – une pollution sans précédent." (Joignot 2010).

Selon Le point du 15 mai 2014 :

5 millions de tonnes de plastique ont été produits dans le monde en 1950, 245 en 2008, 288 en 2012 dont 90% dérive du pétrole et plus de la moitié se retrouve sous forme de déchets sur les continents et dans les océans (10 millions de tonnes chaque année, 80 millions probables en 2025 avec durée de vie estimée supérieure à 100 ans). On estime à 240 000 tonnes la quantité de particules de plastique dans les océans, ce qui représente 1% du plastique total (Nature 2015). Selon Stéphane Foucart analysant une publication de Science « le plastique envahit inexorablement les mers », particulièrement la Méditerranée qui est une mer fermée (250 milliards de particules en 2014 - Cordonnier 2015; European Commission DG Env 2015; Foucart 2015; Jambeck et al. 2015). La zone d'accumulation la plus grande est le gyre du pacifique Nord que l'on qualifie de "7ème continent de plastique".

Les plastiques en Méditerranée au MUCEM à Marseille :

Et l’on découvre cette invasion sous forme de microparticules sur lesquelles on va trouver des pertubateurs endocriniens comme les PCB ou les phtalates ainsi que des microbes. Ces microplastiques ne se dégradent pratiquement pas et peuvent parfois persister jusqu'à 1 000 ans dans le milieu marin (Dussud & Ghiglione 2014; Nouyrigat 2016). On retrouve ces microplastiques dans les estomacs des oiseaux, sans doute parce qu'il émettent du diméthylsulfure (DMS) qui est émis aussi par le plancton végétal (Sciama 2017). Selon une étude de Orb Media 83% des échantillons d'eau du robinet dans le monde sont contaminés par des particules de plastique, dont 72% en Europe et le record de 94% aus USA. Les systèmes de traitement actuels ne filtrent pas les microplastiques. Un seul cycle de machine à laver peut libérer 700 000 fibres dans l'eau (up-magazine-info 2017).

   

Une campagne du WWF pour lutter contre les plastiques dans les mers (juin 2017) :        et un ver planctonnique qui a mangé une fibre de plastique de 3mm

Tous les aliments marins sont contaminés :

La fin du plastique ?
Certainement non .. Même si on essaie de diminuer son usage comme par exemple l'interdiction des sacs de caisse à usage unique au 1er juillet 2016 (Van Kote 2016 a,b). Dans certains endroits on entoure les jeunes arbres de plastique pour les protéger des chevreuils, mais le plastique reste et se décompose lentement, on le retrouve donc dans la mer..

Ce qu'il ne faut pas faire, un exemple près du lac de Serres-Castet (64) :

et ce qu'il faut faire comme à Sauvagnon (64) :

Exemple de bâche qui se décompose au soleil :

Bien sûr de nombreux laboratoires travaillent sur la possibilité de trouver le moyen de dégrader les plastiques. On cherche des bactéries qui seraient capables de digérer le plastique. C'est un produit de synthèse trop récent pour que les bactéries aient évolué vers ces nouvelles capacités. On en est encore loin. On signale une bactérie capable de digérer le PE (polyéthylène, par exemple des bouteilles - 40% des plastiques) mais c'est tout (Yoshida et al 2016, Bornscheuer 2016, Le Monde 2016). Dussud et Ghiglione (2014) font une synthèse sur ce problème de dégradation des plastiques en mer mais pour l'instant on a peu de choses !

Récemment, une apicultrice chercheuse a découvert pas hasard que les larves de la fausse-teigne de la cire (Galleria melonella ) sont capables de dévorer les PE et de les dégrader. Cela ouvre des perspectives économiques considérables si l'on trouve les enzymes qui font ce travail (Herzberg 2017, voir Epingle n° 1152 où Alain Fraval invente le terme "Polyéthylènophage"). François Galgani de l'Ifremer pense qu'il y a un véritable potentiel pour découvrir comment les larves de fausse-teigne digèrent le plastique, peut-être par des bactéries ? (Rouat 2017). Cependant, Weber et al (2017) ne sont pas d'accord avec ce travail. Ils considèrent que le plastique n'est pas dégradé mais simplement fragmenté. Ils ont obtenu le même degré de "dégradation" du plastique avec un mélange de jaune d’œuf et de hachis de porc (voir Le Monde du 20 septembre 2017). Selon Alain Fraval (Epingle 1190) "L’élimination entomologique des sacs plastiques ne serait pas pour demain."

Voir Pdf
- Dussud, C. and J.-F. Ghiglione (2014) La dégradation des plastiques en mer. par Anne Teyssèdre, 26 décembre 2014, p. https://www.sfecologie.org/regard/r63-plastiques-en-mer-dussud-et-ghiglione/ Pdf
- Joignot, F. (2010). Plastique, l'ennemi intime. M Le Monde Magazine 19 septembre 2010. Pdf
- Fraval, A. (2017) Polyéthylènophage. opie-insectes, Epingle 1152, Avril 2017. Pdf
- Fraval A. (2017b) Polyéthylènophage ? opie-insectes, Epingle 1190, Septembre 2017
- Herzberg, N. (2017). Découverte d'une chenille capable de dévorer les plastiques résistants. Le Monde 27 avril 2017. p. 3. Pdf
- Le Monde Science & Médecine, 16 mars 2016. Pdf
- Le Monde Science & Médecine, 20 septembre 2017. La chenille dévoreuse de plastique remise en question. Pdf
- Rouat, S. (2017). Un jour, des bactéries mangeront nos plastiques. Sciences et Avenir 844: p. 26. Pdf
- Sciama, Y. (2017). Les oiseaux sont victimes de l'odeur du plastique. Science & Vie Janvier, n° 1192: p. 22. Pdf
- up-magazine-info (2017) Des microparticules de plastique retrouvées dans l'eau du robinet. Partout dans le monde. up-magazine-info, 6 septembre 2017, http://up-magazine.info/index.php/le-vivant/sciences/6889-des-microparticules-de-plastiques-retrouvees-dans-l-eau-du-robinet. Pdf
- Van Kote, G. (2016a). Un si ingénieux fléau. Grandeur et décadence du sac plastique 1/6. Le Monde 19 juillet 2016. p. 30. Pdf
- Van Kote, G. (2016b). Un si ingénieux fléau. Sale fin de vie 4/6. Le Monde 22 juillet 2016. Pdf

Autres articles
- Bombelli, P., C. J. Howe and F. Bertocchini Polyethylene bio-degradation by caterpillars of the wax moth Galleria mellonella Current Biology 27(8): R292-R293. 10.1016/j.cub.2017.02.060. Libre de droits
- Bornscheuer, U. T. (2016). Feeding on plastic. Science 351(6278): 1154-1155. 10.1126/science.aaf2853
- Cordonnier, M.-N. (2015). Le devenir des déchets plastiques en mer. Pour la Science 448: p. 5.
- European Commission DG Env (2013). Plastics can concentrate toxic pollutants, endangering marine ecosystems. Science for Environment Policy 326na6.
- Jambeck, J. R., R. Geyer, C. Wilcox, T. R. Siegler, M. Perryman, A. Andrady, R. Narayan and K. L. Law (2015). Plastic waste inputs from land into the ocean. Science 347(6223): 768-771. 10.1126/science.1260352
- Foucart, S. (2015). Le plastique envahit inexorablement les mers. Le Monde 14 février. p. 8.
- Nature (2015). Ocean plastic piling up fast. Nature 528(7582): 310-310. 10.1038/528310a
- Nouyrigat, V. (2016). Microplastiques. L'invasion. Science et Vie 1188: p. 68-74.
- Weber, C., S. Pusch and T. Opatz (2017). Polyethylene bio-degradation by caterpillars? Current Biology 27(15): R744-R745. https://doi.org/10.1016/j.cub.2017.07.004
- Yoshida, S., K. Hiraga, T. Takehana, I. Taniguchi, H. Yamaji, Y. Maeda, K. Toyohara, K. Miyamoto, Y. Kimura and K. Oda (2016). A bacterium that degrades and assimilates poly(ethylene terephthalate). Science 351(6278): 1196-1199. 10.1126/science.aad6359